Remy Potey

Cadranier fresquiste & Conservateur - Restaurateur de peintures murales

• Cadranier fresquiste depuis 34 ans, auteur de plus de 200 cadrans solaires peints.
• Illustrateur et photographe de la faune sauvage.
• Elève de l'ICCROM en 1998 (Centre International d’Etudes pour la Conservation et la Restauration des Biens Culturels, école du patrimoine fondée par l'UNESCO à Rome en 1957).

• Prix Meilleur Artisan d'Art "Dunhill Prestige International" en 1994.
• Prix départemental de la SEMA (Société d'Encouragement aux Métiers d'Arts).
• Prix meilleur Artisan d'Art région PACA de l'an 2000.


Je pratique un métier singulier qui tend à partager un sentiment tout aussi singulier d'appartenance au monde. Mes expériences pastorales m'ont porté des grandes plaines parfumées de la Crau provençale par les drailles de la Routo, vers le réconfort lumineux des alpages du Queyras. La vie ne m'avait pas averti qu'un jour je serais cadranier fresquiste, tout en conservant ce bel esprit de liberté propre au berger et cette sensation physique et mentale où j'avais goûté à une respiration meilleure, où j'avais savouré le bonheur d'entendre plus distinctement le monde. Après une douce enfance dans mes Vosges natales, le Queyras, terre d'accueil s'imposa comme une révélation pour un devenir possible.
Je vis dans le Queyras, écrin secret des splendeurs de la nature. Ici, tout n'est que jaillissement de beautés, de grandeurs, feux d'artifices d'ombres et de lumières, éclatement de fleurs multiples et multicolores aux senteurs ineffables, déferlement sauvage de présences animales, envoûtants villages accrochés aux pentes ensoleillées des adrets, sous la protection de ces ciels cristallins d'azur.
Contraste d'une enclave de vie estivale trépidante, entre les sourds grondements des torrents et le chuchotement des sources, le tintement des sonnailles du bétail à l'alpage, les bourdonnements mêlés de chants d'oiseaux et la magique et blanche sérénité hivernale de la montagne soudain endormie dans le silence de son manteau neigeux.
Ici, tout est déjà là, pour prendre le temps d'aller flâner un peu plus loin, jusqu'où la forêt déferle et irrigue le corps puis descend dans nos muscles par la grâce des larmes de rosées et pas à pas, invité par ce sentier qui déroule en nous des secrets qui nous cernent, enlacé aux fleurs, aux parfums des mélèzes, aux poussières des oiseaux, aux chaleurs montantes des clapiers, aux ciels d'azurs se mélant aux profondeurs des lacs, jusqu'aux rires des oiseaux comme des rires d'enfants joyeux qui nous emportent dans l'ivresse sans cesse renaissante d'un Queyras éblouissant de lumière, profondément imprégné des traces de nos ancêtres, image d'un très vieux livre, conte merveilleux et féerique, qui nous grise et qui inonde notre sang de nos origines vivantes.

Et puis, au village, au détour d'une ruelle, peints sur le mur des maisons, d'anciens cadrans solaires, marques colorées d'un autre temps, allaient devenir l'école de mon apprentissage. Ces cadrans solaires queyrassins s'imposaient comme le lieu à ciel ouvert pour l'élève que j'étais, pour, dans un total abandon sentir, ressentir, pressentir et discerner petit à petit, l'essense des gestes inscrits dans l'œuvre peinte en me laissant aspirer dans une lente et pénétrante transmission du savoir. Improbables expériences visuelles simultanément combinées aux gestes de la main grâce aux prémières commandes.

À chaque création, rester lucide dans toutes les étapes, retrouver l'apaisement dans des gestes sûrs, maîtriser son souffle puis doucement dans un secret contrat qui me lie avec la matière, communier avec la chaux devenue amoureuse, avec la délicatesse d'une main soudain légère, presque en suspens, effleurer sa surface dans une caresse qui dépose la couleur. Rejeter l'aléatoire qui incline à l'erreur, au repentir qui oblige à tout détruire pour recommencer.
Art exigeant, la fresque transporte l'être, au bord du dénuement, vers une subtile dimension originelle, extirpe toutes pensées et renforce l'amour du vivant, en additions d'instants indicibles, comme une efflorescence qui aspire vers le primordial, indéfinissable réalité, où l'on touche de l'extrémité de ces sens, une infime part de la finalité de l'humain.
Peindre à fresque, cet acte qui soude à une tradition, qui relie intimement aux maîtres du passé, qui transcende dans un don total de soi vers ce geste même où rien d'autre n'existe que cette communion qui vaut éternité, où le monde, le corps et l'esprit ne font qu'un.